Mal dormir après 70 ans, comment retrouver le sommeil
Publié le 9 septembre 2026, mis à jour le 29 septembre 2026, par Théo Martin. Environ 10 minutes de lecture.
Pour retrouver le sommeil après soixante-dix ans, il faut d’abord distinguer ce qui a changé normalement de ce qui ne va pas. Le sommeil devient plus léger, plus court et plus tôt et ce n’est pas une maladie. Ce qui l’améliore vraiment tient à la lumière du matin, à l’activité de la journée, à une sieste courte, à un coucher qu’on retarde plutôt qu’on avance, à un lit réservé au sommeil et à un réveil tourné contre le mur. Le somnifère, lui, aggrave le problème à moyen terme.
La plainte la plus fréquente après soixante-dix ans n’est pas la douleur ni la mémoire, c’est le sommeil. Vous voulez dormir d’une traite comme avant, ou au moins ne plus passer trois heures par nuit les yeux ouverts à attendre. Et la réponse la plus fréquente est une boîte de comprimés qui règle le problème trois semaines et le complique pendant des années.
L’ampleur se mesure. Selon l’état des lieux publié par l’Agence nationale de sécurité du médicament en 2017, près d’une femme de plus de soixante-cinq ans sur trois consommait une benzodiazépine contre l’anxiété et près d’une sur cinq un somnifère de la même famille, celle dont l’agence rappelle qu’elle expose les personnes âgées aux chutes et aux troubles de la mémoire.
Cet article dit ce qui change dans le sommeil avec l’âge, passe en revue les six habitudes qui l’améliorent, dit par où commencer, liste les erreurs à éviter, explique pourquoi le somnifère est un mauvais calcul et quels troubles doivent faire consulter.
Qu’est-ce qui change dans le sommeil avec l’âge ?
Trois choses et aucune n’est une maladie.
Le sommeil profond diminue. On dort plus léger, on entend la porte du voisin, on se réveille deux ou trois fois dans la nuit. C’est le sommeil de tout le monde après soixante-dix ans, y compris de ceux qui disent bien dormir.
L’horloge avance. On a sommeil à vingt et une heures et on se réveille à cinq heures. Ce n’est pas une insomnie, c’est un décalage. Le problème n’apparaît que si l’on résiste le soir devant la télévision, puis que l’on s’inquiète le matin d’être réveillé avant tout le monde.
Le besoin baisse un peu. Six à sept heures suffisent souvent. Quelqu’un qui reste au lit neuf heures pour en dormir six passe trois heures à ne pas dormir et c’est cela qu’il appelle son insomnie.
À faire chez soi
Votre sommeil est-il vraiment un problème ? Sept questions
Répondez pour une semaine ordinaire. Le résultat dit si vos nuits relèvent de l'âge, des habitudes ou du médecin.
Votre sommeil a changé, il n'est pas malade
Un sommeil plus léger et plus tôt fait partie de l'âge. Gardez la lumière du matin et la marche du jour. Refaites ce test si la journée devient pénible.
Quelques habitudes à reprendre
Sortez chaque matin, raccourcissez la sieste, retardez le coucher jusqu'à la vraie envie de dormir et tournez le réveil contre le mur. Trois semaines suffisent souvent à sentir la différence.
Parlez-en à votre médecin
Une somnolence dans la journée, un somnifère ancien ou un moral qui baisse ne relèvent pas de l'hygiène de sommeil. Ils se traitent. L'arrêt d'un somnifère se prépare avec le médecin, jamais seul.
Quelles sont les six habitudes qui améliorent le sommeil ?
Celles qui règlent l’horloge le jour et qui apprennent au lit à ne servir qu’à dormir. Aucune ne demande d’acheter quoi que ce soit.
Nous les présentons dans l’ordre où elles agissent, du matin au soir, puis à la nuit. Chacune est détaillée avec ce qu’elle apporte, ce qui coince et la façon de s’y prendre.
- Une demi-heure dehors chaque matin
- Une marche ou un effort chaque jour
- Une sieste courte, jamais après seize heures
- Un coucher retardé jusqu’à la vraie envie
- Un lit réservé au sommeil
- Un réveil tourné contre le mur
La lumière du matin
Une demi-heure dehors dans la matinée, même par temps gris, même sur le balcon, même pour aller chercher le pain.
Ce que ça apporte
L’horloge interne se règle sur la lumière. Une demi-heure de jour le matin fait plus pour la nuit suivante que n’importe quelle tisane. Une personne qui reste à l’intérieur toute la journée, rideaux à demi tirés, envoie à son horloge un signal de nuit permanente.
Ce qui coince
L’hiver, la pluie, le froid. Et la lumière d’une pièce, même bien éclairée, ne compte pas, elle est trop faible pour l’horloge.
Comment s’y prendre
On accroche la sortie à un but, le pain, le journal, la boîte aux lettres. Par mauvais temps, on ouvre grand les rideaux et on prend le petit-déjeuner près de la fenêtre, faute de mieux. Le matin compte plus que l’après-midi.
L’activité du jour
Une marche, un escalier, le ménage, le jardin. Un corps qui n’a pas bougé n’a pas besoin de dormir.
Ce que ça apporte
La fatigue saine du soir, celle qu’on confond avec la vieillesse quand elle manque. Ceux qui reprennent quelques gestes chaque jour s’en aperçoivent d’abord sur leurs nuits.
Ce qui coince
Le fauteuil et la télévision, qui fatiguent la tête sans fatiguer le corps. On se sent épuisé le soir sans avoir sommeil.
Comment s’y prendre
Une sortie par jour, même courte, plus le lever toutes les heures quand on est assis. Pas d’effort important dans les deux heures qui précèdent le coucher, il réveille au lieu d’endormir.
La sieste courte
Vingt minutes en début d’après-midi, dans le fauteuil, pas dans le lit.
Ce que ça apporte
Elle repose sans entamer la nuit. Beaucoup de gens de cet âge dorment mieux en deux fois, une courte le jour et une longue la nuit, qu’en une seule.
Ce qui coince
La sieste qui s’allonge. Une heure et demie dans le fauteuil à dix-sept heures, devant un programme, prend le sommeil de la nuit suivante. Ensuite on ne s’endort pas à vingt-deux heures et l’on conclut à une insomnie.
Comment s’y prendre
Une minuterie réglée sur vingt minutes, après le déjeuner. Jamais après seize heures. Si les nuits sont mauvaises, la sieste est la première chose à raccourcir.
Le coucher retardé
Se coucher quand le sommeil vient vraiment, pas parce qu’il est vingt et une heures et que c’est l’heure.
Ce que ça apporte
Un temps passé au lit qui correspond au temps dormi. Celui qui se couche à vingt et une heures et se réveille à quatre heures a dormi sept heures. Il ne souffre pas d’insomnie, il souffre de se lever à quatre heures.
Ce qui coince
La soirée est longue quand on vit seul. La télévision endort dans le fauteuil vers vingt heures. On se couche alors avec un sommeil déjà entamé.
Comment s’y prendre
On retarde le coucher d’un quart d’heure par semaine jusqu’à ce que le réveil se fasse à une heure acceptable. Le soir, une activité qui tient éveillé sans exciter, un livre, un jeu, un appel, plutôt que le fauteuil devant l’écran.
Le lit réservé au sommeil
Pas de télévision, pas de repas, pas de courrier administratif dedans. Le lit sert à dormir et à rien d’autre.
Ce que ça apporte
Le cerveau associe le lit au sommeil. Quand cette association tient, on s’endort en se couchant. Quand le lit sert aussi à s’inquiéter, on s’inquiète en se couchant.
Ce qui coince
Après vingt minutes sans sommeil, on reste au lit à attendre. Cela semble raisonnable et c’est exactement ce qui apprend au cerveau que le lit est un endroit où l’on ne dort pas.
Comment s’y prendre
Après vingt minutes sans sommeil, on se lève, on va dans une autre pièce avec une lumière faible, on lit quelque chose d’ennuyeux et on revient au lit quand les yeux se ferment. Il faut quelques nuits pour le sentir.
Le réveil tourné contre le mur
L’heure n’a rien à faire dans le champ de vision la nuit.
Ce que ça apporte
Regarder l’heure à trois heures du matin, calculer ce qu’il reste, c’est le meilleur moyen de ne plus se rendormir. Sans l’heure, le réveil nocturne reste un réveil et non un problème.
Ce qui coince
Le téléphone posé sur la table de nuit, qui donne l’heure et la lumière d’un coup.
Comment s’y prendre
Le réveil tourné contre le mur ou posé au sol, le téléphone dans une autre pièce. Un réveil à aiguilles, sans lumière, si l’on en a besoin pour le matin.
Par où commencer ce soir ?
Par trois choses, pas dix. Le sommeil ne se force pas, il se laisse revenir.
- Tourner le réveil contre le mur dès ce soir
- Reculer le coucher jusqu’à la vraie envie de dormir
- Sortir demain matin une demi-heure
- Raccourcir la sieste à vingt minutes dans la semaine
- Tenir trois semaines avant de juger
Les trois premières étapes se font en vingt-quatre heures et ne coûtent rien. Elles agissent sur ce qui règle l’horloge, la lumière, puis sur ce qui l’enraye, l’attente au lit.
La quatrième vient dans la semaine, parce que c’est la plus difficile à tenir quand on a pris l’habitude d’une longue sieste. La cinquième est celle qui manque le plus souvent. Une habitude ne change pas une nuit, elle change une horloge. Une horloge met deux à trois semaines à se caler.
Pourquoi le somnifère est-il un mauvais calcul après 70 ans ?
Parce qu’il cesse d’agir en quelques semaines, qu’il crée une dépendance et qu’il augmente le risque de chute la nuit et de confusion le jour.
La plupart des somnifères prescrits appartiennent à la famille des benzodiazépines et de leurs proches. L’Agence nationale de sécurité du médicament rappelle, dans son dossier sur leur bon usage, que leur prescription est limitée dans le temps par la réglementation, que la personne âgée y est plus sensible et que la dose doit y être réduite. Beaucoup en prennent pourtant depuis dix ans. Ils ne dorment pas mieux, ils dorment avec.
Le somnifère fait aussi ce qu’on ne lui demande pas. Il brouille la mémoire, il ralentit les réflexes au volant et il rend la marche nocturne vers les toilettes moins sûre, à l’heure où les chutes se produisent.
L’arrêt ne se fait jamais seul ni d’un coup. Il se prépare avec le médecin traitant, par paliers, sur plusieurs semaines et il s’accompagne des habitudes décrites plus haut. Un médecin mis au courant de l’envie d’arrêter aide presque toujours. Cette discussion fait partie de la révision de l’ordonnance qu’il est utile de demander une fois par an.
Quelles sont les erreurs à éviter ?
Cinq erreurs font échouer la plupart des tentatives. Chacune a sa conséquence.
- Se coucher tôt par principe, se réveiller à quatre heures
- Rester au lit à attendre, apprendre au lit à inquiéter
- Rattraper la nuit par une longue sieste, perdre la suivante
- Boire un grand bol le soir, se lever pour uriner
- Reprendre un somnifère « juste pour une semaine »
La première erreur vient du bon sens. On est fatigué, on se couche à vingt et une heures. On se réveille à quatre heures après sept heures de sommeil et on parle d’insomnie.
La deuxième est la plus répandue. On reste au lit pour ne pas se refroidir, pour ne pas réveiller le conjoint, parce que se lever semble abandonner. Le lit devient le lieu de l’attente.
La troisième ferme le cercle. Une mauvaise nuit, une longue sieste pour la rattraper, une nuit pire encore. Le corps ne rattrape rien, il décale.
La quatrième est mécanique. Un grand bol de tisane à vingt-deux heures réveille à deux heures. Un verre suffit. On boit surtout dans la journée.
La cinquième est la plus coûteuse. Le comprimé d’un soir devient celui de tous les soirs en trois semaines. L’arrêt prendra des mois.
Quels problèmes de sommeil doivent faire consulter ?
Quatre situations ne sont pas de la mauvaise hygiène de sommeil mais des troubles qui se traitent.
- S’endormir sans le vouloir dans la journée
- Des ronflements forts avec des pauses de respiration
- Des jambes agitées qui empêchent de s’endormir
- Un sommeil dégradé en même temps que le moral
La deuxième est l’apnée du sommeil, fréquente et sous-diagnostiquée après soixante-dix ans. Elle fatigue le cœur et le cerveau et elle se traite. La quatrième signale souvent une dépression, qui se cache derrière le sommeil à cet âge plus qu’à tout autre.
Il faut aussi penser à ce qui réveille pour une raison précise. La douleur, une envie d’uriner plusieurs fois par nuit, un reflux, une respiration courte en position allongée. Chacune a sa réponse et aucune n’est un somnifère. Le médecin traitant les cherche si on lui décrit la nuit précisément, à quelle heure on se réveille et ce qui réveille.
Ce que nous voyons le plus souvent chez les personnes qui nous écrivent, c’est une nuit correcte prise pour une insomnie, parce qu’elle ne ressemble plus à celle de quarante ans. Se réveiller à cinq heures, lire une demi-heure et se lever reposé est un bon sommeil de soixante-quinze ans. Il n’y a rien à corriger, sauf l’idée qu’on s’en fait.
Cet article peut aider quelqu’un que vous connaissez
Les questions qu’on nous pose
Est-il normal de se réveiller à 5 heures du matin après 70 ans ?
Oui, si l'on s'est couché tôt et que la journée se passe sans somnolence. L'horloge interne avance avec l'âge, on s'endort plus tôt et on se réveille plus tôt. Ce n'est une insomnie que si la nuit est courte et la journée pénible.
Combien d'heures de sommeil faut-il à une personne âgée ?
Un peu moins qu'à quarante ans et surtout un sommeil plus léger et plus fragmenté. Ce qui compte est la forme dans la journée, pas le nombre d'heures. Quelqu'un qui dort six heures et se sent bien dort assez.
Qu'est-ce que l'insomnie chronique ?
Une difficulté à s'endormir ou à rester endormi, au moins trois nuits par semaine depuis plus de trois mois, avec des journées pénibles à cause de cela. Le dernier critère est le plus important. Une nuit courte suivie d'une journée en forme n'est pas une insomnie, quel que soit l'âge.
Les somnifères sont-ils dangereux pour les personnes âgées ?
Ils augmentent le risque de chute nocturne et de confusion et ils perdent leur effet en quelques semaines tout en créant une dépendance. Un somnifère pris depuis des années se discute avec le médecin, qui peut organiser un arrêt progressif.
Sieste ou pas de sieste après 70 ans ?
Une sieste courte, vingt minutes en début d'après-midi, ne gêne pas la nuit et repose. Une sieste longue, une heure ou plus, en fin d'après-midi, prend le sommeil de la nuit suivante. Si les nuits sont mauvaises, la sieste est la première chose à raccourcir, pas à supprimer.
Mélatonine ou tisane, que prendre pour dormir ?
Ni l'une ni l'autre ne remplacent la lumière du matin et l'activité du jour. La mélatonine se discute avec le médecin, parce qu'elle ne convient pas à tout le monde et interagit avec certains traitements. La tisane fait du bien par le rituel qu'elle crée, à condition de ne pas boire un grand bol qui réveille à deux heures.
Pourquoi se réveille-t-on plusieurs fois par nuit après 70 ans ?
Parce que le sommeil profond diminue avec l'âge et que le moindre bruit ou la moindre envie d'uriner réveille. Deux ou trois réveils courts sont normaux. Ce qui ne l'est pas, c'est de rester éveillé une heure à chaque fois, ou de se lever cinq fois pour uriner, ce qui se dit au médecin.
Quand faut-il consulter pour un problème de sommeil ?
Quand on s'endort sans le vouloir dans la journée, quand le conjoint entend des pauses respiratoires ou des ronflements forts, quand des jambes agitées empêchent de s'endormir, ou quand le sommeil s'est dégradé en même temps que le moral. Ces situations se traitent.
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