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Senior et vous

Le corps

Le sommeil qui change avec l'âge n'est pas une insomnie

Publié le 9 septembre 2026 , par Théo Martin.

À soixante-quinze ans, beaucoup de gens sont persuadés de mal dormir. Ils s’endorment vers vingt-et-une heures, se réveillent deux fois dans la nuit, sont debout à cinq heures et en concluent que quelque chose ne va pas.

Dans la plupart des cas, rien ne va mal. Le sommeil a changé, ce qui n’est pas la même chose que se dégrader.

Ce qui change réellement

Trois choses évoluent avec l’âge et elles évoluent chez presque tout le monde.

Le sommeil devient plus léger. La part de sommeil profond, celui dont on ne se souvient de rien, diminue au profit d’un sommeil plus superficiel dont le moindre bruit vous sort.

Il se fragmente. Un ou deux réveils nocturnes deviennent la règle plutôt que l’exception.

Enfin l’horloge interne avance. On a sommeil plus tôt le soir, on est réveillé plus tôt le matin et cette avance se creuse d’année en année.

Le résultat ressemble à de l’insomnie sans en être. La différence tient à un seul point.

Le seul indicateur qui compte

Ce n’est pas la nuit qu’il faut regarder, c’est la journée.

Une personne qui dort six heures hachées mais qui est en forme dans la journée, qui n’a pas besoin de lutter contre le sommeil devant la télévision de l’après-midi, dort assez. Son sommeil a simplement changé de forme.

Une personne qui dort huit heures et qui s’endort partout dans la journée ne dort pas bien, quel que soit le chiffre affiché par sa montre.

C’est cette question qu’un médecin posera en premier et c’est celle qu’il faut se poser avant d’aller le voir.

Ce qui abîme les nuits sans qu’on y pense

Se coucher trop tôt par ennui est la cause la plus fréquente et la moins suspectée. Quelqu’un qui se met au lit à vingt heures parce que la soirée est vide accumule douze heures de temps passé au lit pour sept heures de sommeil possible. Les cinq heures d’écart deviennent des réveils, qu’il attribuera ensuite à l’insomnie.

L’alcool du soir endort vite puis réveille au milieu de la nuit, quand son effet retombe. Un verre de vin au dîner n’est pas un somnifère, il en est plutôt le contraire différé.

L’immobilité de l’après-midi compte autant que tout le reste. Un corps qui n’a rien demandé de la journée n’a pas grand-chose à récupérer la nuit.

La sieste, enfin, n’est pas coupable en soi. Elle le devient quand elle dépasse une demi-heure ou quand elle se prend en fin d’après-midi.

Les somnifères et pourquoi la question mérite d’être rouverte

Beaucoup de gens prennent le même comprimé depuis quinze ans. Il a été prescrit un jour pour une période difficile, il a été renouvelé sans que personne ne repose la question.

Ces médicaments, en particulier les benzodiazépines et leurs cousins, augmentent le risque de chute nocturne et brouillent la mémoire immédiate. Leur bénéfice sur la durée réelle du sommeil est plus faible qu’on ne le croit et il s’estompe avec l’habitude.

Rien de tout cela ne se règle en arrêtant du jour au lendemain, ce qui serait dangereux. Cela se règle en demandant une révision de l’ordonnance, ce qui est une conversation banale pour un médecin traitant.

Ce qui mérite une consultation

Un ronflement bruyant avec des pauses respiratoires observées par le conjoint. Une envie irrépressible de bouger les jambes le soir, qui empêche l’endormissement. Une somnolence qui s’installe en quelques semaines alors qu’elle n’existait pas. Un réveil très matinal accompagné d’une tristesse au réveil, qui ressemble à un problème de sommeil et qui n’en est pas un.

Ces quatre situations ne sont pas l’âge qui passe. Elles ont un nom et un traitement et aucune ne se résout en dormant davantage.

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