Oser parler à son médecin après 70 ans, les 7 sujets gênants
Publié le 19 octobre 2026, mis à jour le 29 septembre 2026, par Théo Martin. Environ 11 minutes de lecture.
Pour oser parler à son médecin d’un sujet gênant, le moyen le plus sûr est de l’écrire avant sur un papier et de le donner en entrant. Sept sujets restent tus par une grande partie des patients âgés, les fuites urinaires, les chutes, la tristesse, la mémoire, l’argent, l’alcool et la vie intime. Aucun n’est gênant pour le médecin. Tous changent l’ordonnance quand ils sont dits.
Vous attendez d’une consultation qu’elle règle ce qui vous pèse. Elle ne peut régler que ce qu’elle entend. Selon l’étude publiée en janvier 2025 par la DREES, la direction des études du ministère de la Santé, seize personnes de plus de soixante-dix ans sur cent présentent en France un syndrome dépressif, l’un des taux les plus élevés d’Europe de l’Ouest. La dépression reste pourtant l’un des sujets les moins dits en consultation. Cet article passe en revue les sept sujets que l’on tait, ce que le médecin peut en faire, la phrase qui suffit pour chacun, puis la façon de préparer le rendez-vous.
Pourquoi tait-on ces sujets à son médecin ?
Parce qu’on les croit honteux, banals ou hors de son rôle. Ces trois raisons se tiennent et aucune ne résiste.
La honte vient de ce que ces sujets touchent au corps intime ou à la tenue de soi. On a été propre, solide, gai et sobre toute une vie. Dire le contraire à quelqu’un qui écrit dans un dossier coûte. La banalité vient de l’âge : à quatre-vingts ans, tomber, oublier ou uriner sans le vouloir passe pour normal, donc pour inutile à signaler. Le rôle, enfin : on pense que le médecin soigne les maladies, pas les fins de mois ni la solitude.
Pour lui, la logique est inverse. Une chute annonce la suivante. Une fuite a une cause. Une tristesse qui dure est une maladie qui se traite. Un médicament qu’on n’achète pas fausse tout ce qu’il croit prescrire. Il ne juge pas, il cherche.
Une expérience de terrain le résume. Une patiente de quatre-vingt-un ans venait chaque trimestre renouveler son ordonnance et repartait en six minutes. Sa fille, un jour, a glissé au médecin que sa mère ne sortait plus. Il a posé une question sur les toilettes, une seule. La réponse tenait depuis trois ans. Trois séances de rééducation et un changement de diurétique plus tard, elle est retournée au marché.
À faire chez soi
Que taisez-vous à votre médecin ? Sept questions
Répondez seul, sans témoin. Le résultat ne remplace pas une consultation, il dit ce qu'il faudrait y apporter la prochaine fois.
Vous dites l'essentiel
Un seul sujet en attente, ce n'est pas rien, mais vous savez parler à votre médecin. Écrivez ce sujet sur un papier et donnez-le en entrant, la prochaine fois.
Deux ou trois sujets attendent depuis trop longtemps
Chacun d'eux a un traitement ou une solution. Prenez un rendez-vous dédié, sans autre motif, avec une liste écrite. Une consultation ne suffit pas à tout dire, deux suffisent.
Votre médecin soigne une personne qu'il ne connaît pas
Plusieurs sujets se taisent en même temps et ils s'expliquent souvent l'un l'autre. Demandez un rendez-vous long, seul, puis commencez par celui qui vous coûte le plus. Le reste viendra.
Les 7 sujets gênants qu’il faut dire à son médecin
Voici la liste, puis chaque sujet en détail, dans le même ordre.
- Les fuites urinaires
- Une chute, même sans blessure
- La tristesse qui ne passe pas
- Les trous de mémoire
- Le prix des médicaments
- L’alcool qui monte
- La vie intime
Pour chacun, nous disons pourquoi on se tait, ce que le médecin peut faire et la phrase qui suffit.
Les fuites urinaires
Le sujet le plus caché, le plus souvent améliorable aussi. Une fuite d’urine à l’effort, à la toux, ou une envie pressante qu’on ne retient pas.
Pourquoi on se tait
Parce qu’on s’organise. Les protections s’achètent dans une autre ville, les sorties se calculent selon les toilettes, on boit moins, on refuse une invitation. Au bout de quelques mois, l’organisation est en place et le sujet n’existe plus pour personne, sauf pour soi.
Ce que le médecin peut faire
Chercher la cause, d’abord. Une infection, une constipation, un diurétique pris le soir, une prostate chez l’homme, un périnée affaibli chez la femme. Selon la cause, il prescrit des séances de rééducation, change un traitement, oriente vers un urologue. Boire moins, en revanche, aggrave tout, comme nous l’expliquons dans l’article sur la déshydratation.
La phrase qui suffit
« J’ai des fuites d’urine, depuis environ six mois. » Le médecin posera les questions suivantes, à quel moment, combien de fois, la nuit ou le jour. Vous n’avez pas à les préparer.
Une chute, même sans blessure
Une chute sans fracture n’est presque jamais racontée. On s’est relevé, on a eu mal trois jours, il n’y avait rien à signaler.
Pourquoi on se tait
Parce qu’une chute fait peur aux enfants et que la peur des enfants finit en discussion sur le placement. Se taire protège l’indépendance, croit-on. Elle protège surtout la prochaine chute.
Ce que le médecin peut faire
Un bilan de chute. Il vérifie la tension au lever, la vue, les pieds, les médicaments qui endorment ou font baisser la tension, l’équilibre. Il prescrit, s’il le faut, des séances avec un kinésithérapeute pour apprendre à se relever du sol et renforcer les jambes. Ce bilan existe et il est très peu demandé, parce que la chute reste silencieuse.
La phrase qui suffit
« Je suis tombé le mois dernier, dans le couloir, je me suis relevé seul. » Dire aussi si vous avez eu peur depuis. La peur qui reste après une chute se soigne à part.
La tristesse qui ne passe pas
La dépression, après soixante-dix ans, se présente rarement comme de la tristesse. Elle se présente comme de la fatigue, des douleurs diffuses, un sommeil qui se dérègle, un appétit qui baisse.
Pourquoi on se tait
Parce qu’on décrit le corps et jamais l’humeur. Le médecin cherche alors une cause au dos, au ventre, au sommeil, puis prescrit pour chacun. La dépression passe pour un vieillissement ordinaire.
Ce que le médecin peut faire
Poser le diagnostic. La dépression se traite aussi bien à quatre-vingts ans qu’à quarante, par la parole, par un traitement, souvent les deux, avec des changements simples dans la journée en plus. Il peut aussi repérer un médicament qui abat, un somnifère ancien, un bêtabloquant, puis l’ajuster.
La phrase qui suffit
« Je n’ai plus envie de grand-chose. » Cette phrase-là, à elle seule, ouvre la bonne consultation. Le mot « déprimé » n’est pas nécessaire.
Les trous de mémoire
Oublier un nom, un rendez-vous, l’endroit où sont les clés. La plupart de ces oublis sont banals et nous avons détaillé ceux qui doivent inquiéter.
Pourquoi on se tait
Par peur du mot qui suit. On préfère ne pas savoir. L’entourage, souvent, préfère aussi. Le sujet devient tabou à deux.
Ce que le médecin peut faire
Distinguer l’oubli normal du trouble. Un test court en cabinet, un bilan sanguin qui cherche une carence ou une thyroïde paresseuse, la revue des médicaments qui brouillent, une orientation vers une consultation mémoire si besoin. Une partie des troubles a une cause qui se corrige. Le reste se prend d’autant mieux en charge qu’il est vu tôt.
La phrase qui suffit
« Ma fille trouve que j’oublie plus qu’avant. » Rapporter la remarque d’un proche est plus facile que de porter soi-même l’inquiétude. Cela dit la même chose au médecin.
Le prix des médicaments
Un patient qui ne prend pas son traitement passe pour peu observant. Il arrive qu’il ne le prenne pas parce qu’il coûte trop cher, ou parce que la pharmacie est devenue loin.
Pourquoi on se tait
Par fierté. On a toujours payé ce qu’on devait. Dire que le reste à charge du mois pèse revient à dire que le budget ne tient plus. Or le budget qui se tend à la retraite est déjà un sujet qu’on cache aux enfants.
Ce que le médecin peut faire
Prescrire autrement. Un équivalent mieux remboursé, une forme moins chère, un grand conditionnement, une délivrance groupée qui évite un déplacement par mois. Il peut aussi signaler à la pharmacie qu’une livraison est possible. Rien de cela n’arrive s’il ignore le problème.
La phrase qui suffit
« Ce médicament, je ne l’ai pas racheté, il coûte trop cher. » Le nom du médicament suffit, le médecin regarde le reste.
L’alcool qui monte
Un verre au déjeuner, un autre au dîner, un troisième devant la télévision. Après un deuil ou un départ à la retraite, la quantité monte sans qu’on la voie monter.
Pourquoi on se tait
Parce que le mot « alcoolique » ne correspond pas à l’image qu’on a de soi et qu’on n’a jamais été ivre. Le vin fait partie de la table depuis soixante ans.
Ce que le médecin peut faire
Mesurer sans juger, puis expliquer ce que l’alcool fait à cet âge : il se dégrade plus lentement, il double l’effet des somnifères et des calmants, il fait tomber la nuit, il abaisse l’humeur. Il propose une réduction progressive, jamais un arrêt brutal, puis une aide si la réduction seule ne tient pas.
La phrase qui suffit
« Je bois plus qu’avant, le soir. » Le médecin demandera combien. Répondez au plus près, il en tiendra compte dans chaque prescription.
La vie intime
Le désir, les douleurs, les troubles de l’érection, la sécheresse, la vie de couple après une maladie. Un sujet qui existe à tout âge et que presque personne n’aborde après soixante-dix ans.
Pourquoi on se tait
Parce qu’on suppose que le médecin ne s’y attend pas, puis parce qu’on suppose que c’est fini. Aucune des deux suppositions n’est vraie.
Ce que le médecin peut faire
Beaucoup. Une partie des troubles vient d’un médicament, souvent celui de la tension ou de la prostate. Elle se corrige. Une partie vient d’une sécheresse ou d’une douleur qui se traite localement. Le reste se parle, seul ou en couple, avec lui ou avec un spécialiste.
La phrase qui suffit
« Depuis mon traitement, ma vie intime a changé, je voudrais en parler. » Le mot « traitement » ouvre la porte : le médecin entend une question sur ses prescriptions, pas une confidence.
Comment préparer la consultation, étape par étape
Une consultation gênante se prépare comme un rendez-vous important, en cinq étapes.
- Écrire la liste chez soi
- Prendre un rendez-vous dédié
- Donner le papier en entrant
- Commencer par le sujet le plus lourd
- Repartir avec une réponse écrite
1. Écrire la liste chez soi
Trois lignes sur un papier, la veille, au calme. Une ligne par sujet, sans explication. Ce qui s’écrit se dit, alors qu’une question préparée de tête se perd dans les dix minutes de consultation. Gardez la liste dans le sac ou la poche de veste que vous prendrez.
2. Prendre un rendez-vous dédié
Un renouvellement d’ordonnance dure peu. Dites au secrétariat que vous avez « plusieurs choses à voir », le créneau sera plus long. Si vous avez trois sujets, deux rendez-vous valent mieux qu’un rendez-vous bâclé.
3. Donner le papier en entrant
Avant de vous asseoir, tendez la liste : « J’ai noté ce dont je voulais vous parler. » Le médecin lit en dix secondes et sait comment répartir le temps. Vous n’avez plus à trouver le moment.
4. Commencer par le sujet le plus lourd
Celui qu’on garde pour la fin est celui qui n’est jamais dit. Le médecin range ensuite les autres. Si un proche vous accompagne, demandez qu’il sorte pendant ce premier sujet.
5. Repartir avec une réponse écrite
Une prescription, une adresse, un examen à faire, une date. Demandez au médecin de l’écrire, ou écrivez-le devant lui. Une réponse orale sur un sujet gênant s’oublie en rentrant, par soulagement.
Les erreurs à éviter
Cinq erreurs reviennent en consultation et chacune a sa conséquence.
Glisser le sujet sur le pas de la porte. Le médecin répond vite, la main sur la poignée. Le sujet est réputé traité alors qu’il ne l’est pas.
Décrire le corps à la place de l’humeur. Le médecin prescrit pour le dos et le sommeil. La dépression reste sans nom et sans traitement.
Arrondir les quantités. Un verre annoncé pour trois bus, une chute pour deux. Le médecin ajuste sur des chiffres faux et la prescription est fausse aussi.
Laisser un proche parler à sa place. Le médecin apprend ce que le proche a vu, jamais ce que vous vivez. Il vous soigne d’après quelqu’un d’autre.
Attendre que le médecin devine. Il pose des questions sur ce qu’il sait. Ce qu’il ne sait pas n’existe pas dans le dossier.
Ce qui change pour les patients de plus de 70 ans
Depuis 2024, l’Assurance Maladie propose un rendez-vous de prévention pris en charge en totalité, sans avance de frais, à quatre âges de la vie, dont entre soixante et soixante-cinq ans puis entre soixante-dix et soixante-quinze ans. Le rendez-vous s’appelle « Mon bilan prévention ». Il dure une demi-heure à trois quarts d’heure, sans ordonnance à renouveler. Il est fait pour les sujets de cet article, les chutes, l’humeur, l’isolement, l’autonomie. Il se prend chez le médecin traitant, un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme.
Ce rendez-vous change une chose : le temps. Une consultation ordinaire donne dix minutes à un sujet qui en demande trente. Celui-là les donne. Si vous êtes dans la tranche d’âge, demandez-le en disant que vous avez « des sujets à aborder ».
Que faire quand un proche accompagne ?
Deux règles, une pour chaque côté de la chaise.
Pour le patient, demander à voir le médecin seul une partie du temps. Certaines choses ne se disent pas devant son enfant, la vie intime, l’alcool, l’argent. Le médecin est tenu au secret même vis-à-vis de la famille. Une phrase suffit : « J’aimerais deux minutes seul avec le docteur. »
Pour l’accompagnant, sortir de la pièce en le proposant, plutôt que d’attendre qu’on le lui demande. Dire avant le rendez-vous, dans la voiture : « Je t’attends dans la salle d’attente si tu préfères. » Beaucoup de parents refusent la première fois et acceptent la seconde.
Et si le proche a vu quelque chose que le patient tait, une chute, des bouteilles, une odeur, il peut le dire au médecin par écrit, avant, en le signalant au patient. Le médecin saura quelle question poser. Il ne dira jamais d’où elle vient. Le guide « Comment savoir si je suis encore autonome ? » aide un proche à mettre des mots sur ce qu’il observe avant d’en parler.
Cet article peut aider quelqu’un que vous connaissez
Les questions qu’on nous pose
Qu'est-ce qu'un sujet gênant en consultation ?
Un sujet que le patient juge honteux, banal ou hors du rôle du médecin, celui qu'il ne dit pas. Les fuites urinaires, une chute, la tristesse, l'alcool, l'argent ou la vie intime en font partie. Pour le médecin, aucun n'est gênant, tous sont des informations qui changent la prise en charge.
Comment parler à son médecin d'un sujet honteux ?
En l'écrivant avant sur un papier et en le donnant au début de la consultation. Ce qui s'écrit se dit, alors qu'une phrase préparée mentalement se perd. Une seule ligne suffit, le médecin posera les questions suivantes.
Faut-il un rendez-vous à part pour ces sujets ?
Oui quand il y en a plusieurs ou quand l'un d'eux demande un examen. Une consultation de renouvellement d'ordonnance dure peu et le sujet glissé à la fin reçoit une réponse rapide. Un rendez-vous pris pour cela reçoit le temps qu'il mérite.
Peut-on demander à voir le médecin seul quand un proche accompagne ?
Oui, à tout âge. Le patient peut demander que son accompagnant sorte quelques minutes. Le médecin le propose souvent lui-même. Le secret médical vaut aussi vis-à-vis des enfants.
Médecin traitant ou spécialiste, à qui parler d'abord ?
Au médecin traitant. Il voit l'ensemble des traitements et des spécialistes, puis il oriente vers l'urologue, le gériatre ou le psychiatre si besoin. Un spécialiste ne voit qu'un organe, le généraliste voit la personne.
Le médecin peut-il aider quand un médicament coûte trop cher ?
Oui, à condition de le savoir. Il existe souvent un équivalent mieux remboursé, une forme moins chère ou un conditionnement plus grand. Un patient qui se tait passe pour négligent, un patient qui le dit reçoit une autre ordonnance.
Une fuite urinaire après 70 ans se soigne-t-elle encore ?
Dans beaucoup de cas, oui. La rééducation du périnée, un changement de traitement, la prise en charge d'une infection ou d'une constipation améliorent nettement la situation. Ce qui ne se soigne jamais, c'est ce dont on ne parle pas.
Tristesse ou dépression, comment faire la différence ?
La tristesse a une cause et passe avec elle. La dépression dure des semaines, retire l'envie de tout et se présente souvent par le corps après 70 ans, fatigue, douleurs, appétit qui baisse. Seul le médecin tranche. Il ne peut le faire que si le mot est dit.
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