Occuper ses journées à la retraite, 8 pistes quand on s'ennuie
Publié le 23 octobre 2026, mis à jour le 29 septembre 2026, par Théo Martin. Environ 12 minutes de lecture.
Pour occuper ses journées à la retraite quand on s’ennuie, la première chose à faire n’est pas de s’inscrire quelque part. Il faut d’abord savoir ce que l’ennui signale, une perte de rôle, un empêchement caché ou une dépression, parce que les trois ne se traitent pas pareil. Ensuite, huit pistes marchent, de la plus simple, être attendu quelque part à heure fixe, à la plus engageante, transmettre ce qu’on sait. Ce qui compte n’est pas l’activité, c’est qu’on l’attende de vous.
Vous cherchez sans doute des idées. Vous en avez déjà trouvé des dizaines qui ne vous ont rien fait. Selon le baromètre 2025 de l’isolement des personnes âgées publié par les Petits Frères des Pauvres avec l’institut CSA, deux millions et demi de personnes de plus de soixante ans se sentent seules tous les jours ou presque en France. Sept cent cinquante mille vivent dans un isolement complet, sans contact avec la famille, les amis, le voisinage ni une association. L’ennui est souvent la première marche de cet escalier. Cet article dit ce qu’il signale, ce qui ne marche pas, puis passe en revue huit pistes et la façon de commencer.
Pourquoi s’ennuie-t-on à la retraite ?
Parce que plus personne n’attend rien de vous à une heure donnée. L’ennui n’est pas un manque d’occupations, c’est un manque d’obligations, ce qui n’est pas la même chose.
Quelqu’un qui a travaillé quarante ans, élevé des enfants, tenu une maison, avait chaque jour une liste que d’autres avaient écrite pour lui. À la retraite, puis au veuvage, la liste se vide. Il reste des occupations possibles, la télévision, le jardin, les mots croisés, mais aucune n’est due à personne. Les journées perdent leur forme. Nous avons décrit ailleurs comment leur redonner un rythme et cet article s’en distingue : il parle de ce qui remplit le rythme, pas du rythme lui-même.
L’ennui, chez une personne âgée, est presque toujours traité par l’entourage comme un défaut de caractère. Il faudrait se bouger, s’inscrire, voir du monde. Cette lecture ajoute de la culpabilité à une journée déjà vide et produit l’inverse de ce qu’elle cherche.
À faire chez soi
D'où vient votre ennui ? Huit questions
Répondez seul, sans chercher la bonne réponse. Le résultat oriente vers la partie de l'article qui vous concerne, il ne remplace pas un médecin.
Un creux, pas un ennui
Vos journées ont encore une forme. Choisissez une seule piste de l'article, celle qui vous fait envie, puis donnez-lui un jour fixe dans la semaine.
Un empêchement se cache peut-être derrière l'ennui
Si vous avez répondu oui aux questions sur l'audition, les toilettes ou les déplacements, l'ennui a une cause physique qui se traite. Commencez par elle, chez le médecin, avant toute inscription.
Parlez-en à votre médecin cette semaine
Une perte d'envie qui touche tout, avec des journées sans forme, peut être une dépression, fréquente après soixante-dix ans et qui se soigne. La phrase à dire est « je n'ai plus envie de grand-chose ». Les pistes de l'article viendront après.
Que signale l’ennui, vraiment ?
Trois choses différentes, qui ne se traitent pas pareil. Les distinguer est la seule chose utile à faire avant de proposer un club de scrabble.
Une perte de rôle. La personne n’a plus de place où l’on compte sur elle. Le remède est un rôle, pas une occupation.
Un empêchement caché. On ne sort plus parce qu’on n’entend plus les conversations, parce qu’on craint une fuite urinaire, parce qu’on ne conduit plus, parce que monter dans le bus est devenu difficile. La cause est physique, le symptôme ressemble à du désintérêt. La perte d’audition est la plus fréquente de ces causes et la moins avouée.
Une dépression. À cet âge, elle se présente rarement comme de la tristesse et souvent comme une indifférence à tout. Selon l’étude publiée en janvier 2025 par la DREES, seize personnes de plus de soixante-dix ans sur cent présentent en France un syndrome dépressif. Elle se soigne, à condition d’être nommée. Nous expliquons dans un autre article comment en parler à son médecin.
Une expérience de terrain le montre. Un homme de quatre-vingt-deux ans, veuf depuis un an, refusait toutes les propositions de sa fille. Club de marche, chorale, université du temps libre, il disait non à tout. Elle a fini par lui demander ce qui l’empêchait d’aller aux réunions d’anciens de son entreprise, où il allait avant. La réponse était la voiture, qu’il ne conduisait plus la nuit. Un voisin l’y emmène désormais. Il n’a jamais été question de scrabble.
Ce qui ne marche pas contre l’ennui
Trois réponses reviennent et aucune ne tient.
Les listes d’activités. Elles supposent une envie qui manque justement. Choisir demande de l’élan. L’élan est ce qui fait défaut.
Les inscriptions massives. Trois associations en un mois tiennent six semaines puis s’effondrent. L’échec confirme à la personne qu’elle n’y arrivera pas. Un abandon coûte plus qu’une absence d’essai.
Les visites de courtoisie sans objet. Elles font plaisir sur le moment et creusent le vide qu’elles laissent. Une visite avec une tâche, un meuble à monter, un gâteau à faire ensemble, laisse autre chose derrière elle.
Les 8 pistes pour occuper ses journées
Voici la liste, de la plus simple à la plus engageante, puis chaque piste en détail.
- Être attendu quelque part à heure fixe
- Avoir une chose en cours qui dure
- Rendre un service régulier à un voisin
- Sortir chaque jour à la même heure
- Suivre un cours qui revient chaque semaine
- Donner du temps à une association
- Adopter un animal
- Transmettre ce qu’on sait
Pour chacune, nous disons ce que c’est, ce que ça apporte, ce qui coince et comment s’y prendre.
Être attendu quelque part à heure fixe
Un rendez-vous fixe, à jour fixe, avec quelqu’un qui remarque une absence. Le café du mardi avec la même personne, la partie de cartes du jeudi, la messe, le marché où le maraîcher garde vos œufs.
Ce que ça apporte
Le fait d’être attendu compte davantage que la nature de l’activité. Il donne à la semaine une charpente et à l’absence un poids : si vous ne venez pas, quelqu’un appelle.
Ce qui coince
Il faut le premier rendez-vous, celui qu’on n’a pas envie de prendre. Et il faut que l’autre tienne aussi, ce qui demande de choisir quelqu’un de régulier.
Comment s’y prendre
Proposer à une seule personne un seul rendez-vous, avec le jour et l’heure : « le mardi, dix heures, au café de la place ». Pas « on devrait se voir plus souvent », qui n’engage personne. Tenir trois semaines. Après, le rendez-vous se tient seul.
Avoir une chose en cours qui dure
Un projet qui se poursuit d’un jour à l’autre pendant plusieurs semaines. Un potager, un meuble à restaurer, un album de photographies à légender, une généalogie, un tricot pour un petit-enfant à naître.
Ce que ça apporte
Ce qui compte est que la chose continue le lendemain : elle donne au réveil une raison d’exister. Le soir, on sait ce qu’on fera le matin.
Ce qui coince
Un projet trop grand décourage dès le deuxième jour. Un projet sans destinataire s’abandonne à la première pluie. Le potager tient parce que les plants meurent si on les oublie.
Comment s’y prendre
Choisir quelque chose qui a une fin visible et quelqu’un pour qui on le fait. Une chaise, pas la maison. Un album pour la petite-fille, pas « les photos ». Poser le matériel dans une pièce où l’on passe, pas dans le garage.
Rendre un service régulier à un voisin
Arroser les plantes d’un voisin qui travaille, garder son courrier, promener son chien le midi, ouvrir aux livreurs, surveiller la maison pendant les vacances.
Ce que ça apporte
Un rôle, précisément ce qui manque. On redevient quelqu’un sur qui on compte, sans association ni inscription. Le voisin, en retour, remarque une absence.
Ce qui coince
Il faut le proposer. Beaucoup de gens n’osent pas, par peur de déranger ou de passer pour désœuvrés. Demander de l’aide à un voisin est un article à part ; ici, c’est le contraire, on l’offre.
Comment s’y prendre
Une phrase concrète, un jour où l’on croise le voisin : « Si vous partez, je peux relever votre courrier. » Une seule offre, précise, sans insister. Elle est presque toujours acceptée la deuxième fois qu’on la fait.
Sortir chaque jour à la même heure
Une marche de vingt minutes, le même trajet, à la même heure, avec un but, le pain, le journal, la boîte aux lettres.
Ce que ça apporte
De la lumière, des jambes qui portent, des visages qu’on finit par saluer. Une journée qui a un dehors et un dedans. Bouger tous les jours sans faire de sport tient d’abord à cette marche quotidienne.
Ce qui coince
La pluie, l’hiver, la peur de tomber. Le premier jour où l’on ne sort pas est celui qui compte, parce que le deuxième suit.
Comment s’y prendre
Fixer l’heure, pas la distance. Sortir même dix minutes quand il pleut. Garder le trajet identique un mois, puis l’allonger d’une rue.
Suivre un cours qui revient chaque semaine
Un cours de langue, d’informatique, d’histoire de l’art, de chant, de gymnastique douce, à la mairie, dans une université du temps libre ou une association.
Ce que ça apporte
Un rendez-vous fixe, des gens qui remarquent une absence, puis quelque chose qui progresse d’une semaine à l’autre. Le cours réunit trois pistes en une.
Ce qui coince
La peur d’être le plus lent, la peur de ne pas comprendre, la première séance où l’on ne connaît personne. Un cours qui commence en septembre se rate ensuite jusqu’à l’année suivante.
Comment s’y prendre
Choisir un cours pour ce qu’il apprend, pas pour les gens qu’on pourrait y rencontrer, on les rencontre de toute façon. Y aller à deux la première fois. Prévenir l’animateur qu’on débute, il en a vu d’autres.
Donner du temps à une association
Deux heures par semaine dans une association, pour lire aux enfants, tenir une permanence, accompagner des courses, trier des vêtements, faire les comptes.
Ce que ça apporte
Un rôle, des gens qui comptent sur vous, une raison de sortir. Beaucoup d’associations manquent de gens disponibles en semaine. Les retraités le sont.
Ce qui coince
Certaines associations demandent beaucoup dès le premier jour, ou n’ont rien de précis à confier. Un bénévole sans tâche s’en va au bout d’un mois.
Comment s’y prendre
Demander une tâche précise et un jour fixe, pas « venez quand vous voulez ». Commencer par deux heures. La mairie et le centre communal d’action sociale connaissent les associations qui cherchent des gens.
Adopter un animal
Un chien ou un chat, adulte plutôt que jeune, adopté dans un refuge.
Ce que ça apporte
Quelqu’un qui attend quelque chose de vous chaque jour, à heure fixe. Le chien fait sortir, le chat fait rester. Les deux donnent au lendemain une forme.
Ce qui coince
L’engagement dure des années, l’animal doit être gardé en cas d’hospitalisation et un chien jeune peut faire tomber. Nous avons détaillé lequel choisir après soixante-dix ans.
Comment s’y prendre
Un refuge plutôt qu’un élevage, un animal calme et déjà adulte, une personne désignée pour le garder si besoin. Essayer d’abord de garder l’animal d’un proche pendant ses vacances.
Transmettre ce qu’on sait
Garder un petit-enfant le mercredi, apprendre à un voisin à tailler ses rosiers, raconter une rue telle qu’elle était, expliquer un métier à un lycéen, écrire pour ses enfants ce qu’on n’a jamais dit.
Ce que ça apporte
Le seul remède qui rende un rôle plutôt qu’une occupation. Ce qu’on sait n’a de valeur que transmis. Transmettre demande quelqu’un qui écoute, donc un rendez-vous fixé.
Ce qui coince
Il faut quelqu’un en face. L’entourage ne demande pas toujours. La transmission qui n’est pas demandée passe pour du radotage.
Comment s’y prendre
Proposer quelque chose de précis à quelqu’un de précis : « Je t’apprends à faire la pâte de mamie samedi. » Les écoles, les bibliothèques et certaines associations organisent des rencontres entre générations. Écrire, quand personne n’est disponible, garde tout de même la transmission en cours.
Par où commencer, en cinq étapes
Pas par une inscription. Dans cet ordre.
- Chercher l’empêchement avant l’activité
- Choisir une seule piste, celle qui fait envie
- Lui donner un jour et une heure fixes
- Tenir trois semaines sans juger
- Ajouter une deuxième piste au troisième mois
1. Chercher l’empêchement
La question à se poser, ou à poser à un parent, n’est pas « qu’est-ce que tu aimerais faire », qui n’appelle aucune réponse. C’est « qu’est-ce qui t’empêche de faire ce que tu faisais avant ». Celle-là fait sortir l’audition, la vessie, la voiture et les jambes, c’est-à-dire les vraies raisons. Si la réponse est une de ces quatre, le médecin passe avant tout le reste.
2. Choisir une seule piste
Celle qui fait envie, même un peu, pas celle qui serait bonne pour vous. Une envie de dix pour cent suffit à commencer, une obligation à zéro pour cent ne suffit jamais.
3. Lui donner un jour et une heure
Le mardi à dix heures, pas « dans la semaine ». Une piste sans heure n’existe pas. L’écrire sur le calendrier de la cuisine, en gros.
4. Tenir trois semaines
Sans se demander si ça plaît. Les trois premières fois, rien ne plaît, on ne connaît personne et l’on se sent de trop. La quatrième, quelqu’un vous garde une place.
5. Ajouter une deuxième piste
Au troisième mois, si la première tient. Jamais avant. Deux rendez-vous fixes par semaine changent la forme des sept jours, trois les remplissent.
Les erreurs à éviter
Cinq erreurs reviennent et chacune a sa conséquence.
Proposer une activité à un parent avant de chercher l’empêchement. Il refuse, l’entourage conclut qu’il ne veut rien. La cause physique reste sans soin.
S’inscrire à trois choses le même mois. Six semaines plus tard, tout est abandonné et l’échec sert de preuve pour ne plus rien essayer.
Choisir une activité pour les gens plutôt que pour ce qu’elle fait. On y va pour rencontrer, on ne rencontre personne le premier mois, on arrête avant le second.
Remplir les journées d’un parent à sa place. Un agenda écrit par les enfants est une liste d’obligations sans rôle. Il tient tant que les enfants surveillent.
Prendre l’indifférence pour de la paresse. Une personne qui n’a plus envie de rien depuis des semaines n’est pas paresseuse, elle est peut-être malade. Le reproche retarde le soin.
Ce qui change pour les retraités qui s’ennuient
Deux choses, récentes, méritent d’être connues.
Depuis 2024, l’Assurance Maladie propose « Mon bilan prévention », un rendez-vous pris en charge en totalité, entre soixante et soixante-cinq ans puis entre soixante-dix et soixante-quinze ans, chez le médecin traitant, un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme. Il est fait pour parler d’isolement, d’humeur et d’autonomie, précisément ce que l’ennui cache. Si vous êtes dans la tranche d’âge, c’est le bon endroit pour dire « je m’ennuie » à quelqu’un qui saura quoi en faire.
Le baromètre 2025 des Petits Frères des Pauvres, cité plus haut, montre par ailleurs que l’isolement complet a progressé de près de moitié en quatre ans. Ce chiffre a une conséquence pratique : les mairies, les centres communaux d’action sociale et les caisses de retraite financent de plus en plus d’ateliers, de transports et de visites pour les personnes seules. Ce qui n’existait pas dans votre commune il y a cinq ans existe peut-être aujourd’hui. Un appel au centre communal d’action sociale suffit pour le savoir. Nous avons réuni les signes de l’isolement qui ne se voient pas pour les proches qui hésitent à s’inquiéter.
Cet article peut aider quelqu’un que vous connaissez
Les questions qu’on nous pose
Qu'est-ce que l'ennui à la retraite ?
Un temps qui ne mène nulle part, des journées sans forme et sans attente. Il ne vient pas d'un manque d'occupations mais d'un manque d'obligations : plus personne n'attend rien de vous à une heure donnée. Il se distingue de la paresse, qui est un choix, comme de la fatigue, qui a une cause.
Ennui ou dépression, comment faire la différence ?
L'ennui s'envole dès qu'une chose intéressante arrive. La dépression reste indifférente à tout, y compris à ce qu'on aimait, pendant des semaines, avec souvent un sommeil et un appétit qui changent. Après soixante-dix ans, elle passe pour de l'ennui ou de la fatigue. Seul le médecin tranche.
Pourquoi les listes d'activités ne marchent-elles pas ?
Parce qu'elles supposent une envie qui manque justement. Une liste demande de choisir. Choisir demande de l'élan. Ce qui marche est l'inverse : être attendu quelque part par quelqu'un, à une heure fixe, sans avoir à décider chaque fois.
Comment occuper un parent âgé qui s'ennuie ?
En lui demandant ce qui l'empêche de faire ce qu'il faisait avant, plutôt que ce qu'il aimerait faire. La première question fait sortir l'audition, la vessie, la voiture, les jambes. La seconde n'appelle aucune réponse. Ensuite, lui confier une tâche régulière qu'il est le seul à pouvoir faire.
Bénévolat ou club, que choisir à la retraite ?
Le bénévolat quand on a besoin d'être utile, le club quand on a besoin de compagnie. Le bénévolat donne un rôle et des gens qui comptent sur vous, le club donne un rendez-vous et des visages. Beaucoup finissent par les deux, mais on commence par un seul.
Est-il trop tard pour apprendre quelque chose après 75 ans ?
Non. Les universités du temps libre, les cours de mairie et les ateliers d'associations accueillent des gens de tous âges, sans examen. Apprendre lentement n'est pas apprendre mal. Ce qui compte est que le cours revienne chaque semaine.
Faut-il s'inscrire à plusieurs activités à la fois ?
Non. Trois inscriptions le même mois tiennent six semaines puis s'effondrent. L'échec confirme qu'on n'y arrive pas. Une seule activité, à jour fixe, pendant trois mois, puis une deuxième si la première tient.
Un animal aide-t-il contre l'ennui ?
Oui, parce qu'il attend quelque chose de vous chaque jour, à heure fixe, puis parce qu'il fait sortir. Il engage pour des années et demande une solution en cas d'hospitalisation. Nous avons écrit un article sur le choix entre chien et chat après soixante-dix ans.
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